Médiapart s’en est fait le relai : la brutalité de la Justice et le mépris de certains de ses représentants pour les justiciables qui se trouvent du mauvais côté de la barre.

Un jeune homme de dix-huit ans à peine, atteint de troubles psychiatriques et au casier judiciaire vierge, est jugé en comparution immédiate par le Tribunal de Grande Instance de Marseille pour avoir, à trois reprises, volé avec violence les téléphones portables de collégiennes.

Verdict : 5 ans d’emprisonnement, dont 4 ½ fermes, et obligation de soins à sa libération seulement.

Jusqu’à l’énoncé de ce verdict grotesque, ce que l’on entend dans la bouche des magistrats, qui dérapent et rugissent, est sidérant. Et le silence de la défense face à ces attaques – à tout le moins sur les extraits audio diffusés – interpelle.

La Présidente : « C’est honteux, monsieur. Il n’y a même pas de mots. On ne sait même pas comment est-ce qu’on arrive encore à vous regarder comme un être humain.(…) Est-ce qu’elle vous donne à manger votre Mère ?! ».

La Procureure : « Vous êtes odieux et en plus, vous faites semblant de vous excuser. (…) Vous serez peut-être engagé d’ici quatre ans, cinq ans, six ans, dans une émission de télé-réalité où vous viendrez nous expliquer le bonheur que vous avez eu à agresser des gamines. Mais enfin, dans quelle société vit-on ? ».

On a ici le désagréable sentiment d’une Justice qui a perdu sa majuscule, sa dignité, le sens premier de sa mission de réinsertion et qui ne reflète en définitive que la haine et le mépris ordinaires. Une justice qui, de la sorte, pourrait être rendue par tout un chacun au gré de ses pulsions et préjugés, sans égard au Droit et à ses règles si précises en fait de fixation de la Juste peine notamment.

I’m only human, after all … semblent ainsi fredonner ces magistrats avant de se faire prendre en flagrant délit d’abus de pouvoir et de se souvenir qu’ils incarnent une Fonction publique (le Tribunal de Marseille n’a-t-il pas tenté de faire censurer les extraits audio de cette audience diffusée par France culture !).

Si de tels comportements restent rares, ils ne sont malheureusement pas extraordinaires, même dans certains de nos tribunaux suisses, et ce quand bien même l’article 3 CPP impose que : « les autorités pénales respectent la dignité des personnes impliquées dans la procédure, à tous les stades de celle-ci »…

Face à de tels glissements, le rôle de la défense dans le procès pénal prend tout son sens. Mais lorsque celle-ci n’est pas entendue, voire ignorée, seule la force de frappe du journalisme semble permettre à la Justice de se remettre en question et retrouver sa juste place.

NB : A écouter absolument l’extrait audio de l’audience sur France culture, émission Places de la république (10) / Fonction publique du 20 février 2017 (minute 17 ss).